Steeve Laffont

Avec Steeve Laffont
(“Latchès“ en 2008), le jazz manouche
s’exprime dans ce qu’il a de plus
énergique et de plus vivant. Son coup de poignet
ferme et précis, la façon dont il accentue ses
phrases ou encore la construction de ses chorus, tout
concourt à faire de la musique de ce guitariste (né
en 1975) un beau moment de joie ou de mélancolie
selon les thèmes. Et la musique qu’il compose
ou improvise semble alors tomber sous le sens, comme
évidente. Mais on sait que rien n’est évident
en matière de guitare manouche et que tout ce qui
paraît simple nécessite beaucoup de talent (et de
travail). Quelle que soit l’atmosphère, Steeve
Laffont fait joliment sonner ses six cordes et, si le
tempo s’accélère (Old Man River par exemple),
ce musicien n’y voit pas l’occasion de
montrer qu’il joue plus vite que son ombre mais
fait “monter la sauce“, joue des
roulements qui ne roulent pas des mécaniques et fait
swinguer l’enthousiasme, non sans humour
d’ailleurs... Comme le jazz manouche est
toujours une histoire de famille, Steeve Laffont,
dont la famille est originaire du Piémont,
s’est entouré de ses cousins : Rudy Rabuffetti,
guitariste et luthier, et le bien connu Serge
Oustiakine à la contrebasse. Un entourage familier
qui fonctionne bien. L’invité de rigueur est le
violoniste Costel Nitescu, sur la majorité des
titres, dont l’invention mélodique cousine elle
aussi avec le style du guitariste.
Au jeu des rapprochements, c’est sans doute à
la branche Moreno,Tchavolo, Tchan Tchou que
l’on pensera le plus en écoutant Steeve
Laffont, cette façon de s’inscrire dans une
tradition, de jouer sans se poser d’autres
questions que celle de la musique qui se joue, là, à
l’instant présent.
Dominique Périchon
(Jazz Classique
n°58)